Fulcanelli & le Mystère de la Croix d'Hendaye (extrait)
De quoi s’agit-il ?
D’une histoire extraordinaire, oui, extraordinaire ! L’histoire d’une croix chrétienne placée sur le parvis de l’église d’Hendaye, au cœur de cette petite ville du Pays Basque français que rien ne préparait à être au centre du monde, au carrefour des religions, des philosophies et des alchimies qui ont traversé notre civilisation depuis la nuit des temps. L’histoire et le mystère d’une croix de pierre, comme on en rencontre souvent dans le Pays Basque et sur les routes de Compostelle. Une grande croix de pierre, posée sur son socle et montée sur trois petites marches. Et pourtant, nous allons, au cours de cette enquête, aller, en effet, de symbole en symbole, d’énigme en énigme et de découverte en découverte parce que cette croix, placée là, à Hendaye, n’a rien, mais rien du hasard.
Cette croix se cache sous un épais manteau de mystères et de secrets bien gardés. A Hendaye, personne ne vous parlera de la Croix d’Hendaye, et surtout pas le clergé, alors qu’à Paris ou en Angleterre, aux Etats-Unis ou au Canada, on organise des colloques et des voyages en direction d’Hendaye, célèbre dans le monde entier, ni pour sa liqueur, ni pour sa belle plage de sable fin, mais pour le mystère de sa croix.
Je me trouve, en commençant ce livre, tiraillé par le désir de faire mieux connaître notre croix aux Hendayais, à nos voisins d’Irùn, Fontarabie, à ceux d’Urrugne, Ciboure ou Saint-Jean-de-Luz, à nos frères du Labourd, du Guipuzcoa ou de la Navarre et celui aussi d’apporter à tous ceux qui étudient avec compétence, à n’en pas douter, le mystère de cette croix, la réflexion sincère d’un Hendayais passionné, un complément d’histoire de notre ville, des informations et des vérités indispensables auxquels s’ajouteront enfin une interprétation nouvelle, et pourtant si simple, et quelques questions supplémentaires… histoire de ne pas nous quitter si vite et de chercher encore les secrets disparus de la Croix d’Hendaye.
Fulcanelli et la Croix d’Hendaye
En 1925, un tout petit éditeur parisien, du nom de Schemit, faisait paraître à quelques centaines d’exemplaires, un ouvrage intitulé : « Le Mystère des Cathédrales et l’interprétation ésotérique des symboles hermétiques du Grand Œuvre », d’un auteur au nom étrange et inconnu à l’époque, de Fulcanelli. Autant dire que cet ouvrage ne prenait pas tout de suite le chemin d’un « best-seller » !
Symbole amusant, pour nous les Basques, ce petit éditeur parisien était situé rue Laffitte, au numéro 52, rue qui porte un nom « bien de chez nous » en mémoire, non du corsaire basque, mais du célèbre banquier, Jacques Laffitte, né à Bayonne, fils d’un pauvre charpentier (décidément pour les symboles, on est gâté) et qui, dès l’âge de douze ans travailla chez un notaire qui lui apprit à écrire et… à compter.
Il a vingt ans quand éclate la Révolution française et « monte » à Paris où il travaillera chez un banquier suisse. Comme tout une génération de jeunes gens qui, à l’instar d’un certain Bonaparte, ont vingt ans en 1789, chacun, selon son talent, et non plus selon sa naissance, peut aspirer aux plus hautes fonctions. Laffitte deviendra le plus grand banquier français. C’est à lui que Napoléon confiera plus tard les restes de sa fortune au lendemain de la Bataille de Waterloo. Grand banquier, mais fidèle comme un Basque, il paiera très cher sa fidélité aux idées libérales contre les milieux bancaires accourus au secours de la monarchie. Son magnifique hôtel particulier de la future rue Laffitte deviendra le quartier général des journées révolutionnaires de 1830. Il devint ensuite Ministre des Finances et Président du Conseil.
Notre histoire commence bien, donc, chez cet éditeur de la rue Laffitte.
« Le Mystère des Cathédrales et l’interprétation ésotérique des symboles hermétiques du Grand Œuvre », que nous appellerons désormais, si vous le voulez bien, « Le Mystère des Cathédrales » (mais nous reviendrons sur chacun des mots, ésotérisme, symboles hermétiques ou Grand Œuvre) était préfacé par un certain Eugène Canselier.
L’ouvrage en question était magnifiquement illustré par des dessins représentant les mystères des cathédrales dont parlait Fulcanelli, dessins signés par un artiste du nom de Julien Champagne qui ajouta une page de garde, datée de 1910, sur laquelle on pouvait lire en lettres gothiques « Omnia ab uno et in unum omnia » que l’on pourrait traduire un peu vulgairement par « De tout pour faire une chose et dans chaque chose toutes les matières » mais également la rapprocher de la formule des Trois Mousquetaires « Un pour tous et tous pour un ». Ce frontispice représentait tous les symboles de l’alchimie (et de la chimie) au devant desquels un corbeau avait planté ses griffes sur le squelette d’un crâne. Corbeau, ou corneille noir, symbole ambiguë et négatif, sauf quand il est l’ami du soleil. Et, justement, derrière, en filigrane, un sphinx qui s’explique parfaitement puisque cet ouvrage est dédié, à la page suivante, « aux Frères d’Héliopolis ».
Je vous préviens, la route sera longue jusqu’à notre petite croix d’Hendaye, surtout lorsque je vous dirai que, dans cette première édition, nulle trace de notre croix !
Ce livre, qui ne fut connu que par quelques initiés, c’est le cas de le dire, deviendra plus tard, lors de ses nombreuses rééditions et ses traductions à l’étranger, l’un des ouvrages majeurs sur la compréhension des Mystères maçonniques et la « lecture » des cathédrales, dont la plus célèbre, la plus mystérieuse, Notre-Dame de Paris, à laquelle l’auteur consacre près de trente chapitres.
En effet, nul n’ignore que les bâtisseurs des cathédrales, ces « logeurs du Bon Dieu » laissèrent partout des symboles hermétiques, des messages codés et des secrets qu’ils se transmettaient entre eux selon leur grade et le degré de leur savoir. Nul n’ignore que ces ouvriers, ces compagnons, ces maçons sont à l’origine de la franc-maçonnerie et que le plus beau « temple » maçonnique s’appelle Notre-Dame de Paris, ce qui fait écrire à Victor Hugo à propos de celle-ci : « Au moyen-âge, le genre humain n’a rien connu d’important qu’il ne l’ait écrit en pierre ».